C'était juste,
Pour contenir ma rage et inscrire sur les pages
ma mémoire.
Pour vider ma désespérance et remplir ma vie de
promesses.
Pour me créer un monde onirique et tenir en
main mon destin.
Pour blanchir mon âme et éclabousser les autres
de mes révoltes.
Pour ne pas subir passivement la déloyauté de
mes (dis)semblables.
Pour mettre des échéances aux excès, et
des repères sur ma route.
Pour reconnaître le vrai du faux, la sincérité
des faux semblants.
Pour ne pas déserter la vie et me laisser
hanter par la mort.
Pour respirer sans haleter et tirer ma
révérence à l'immonde.
Que...
J'ai commencé à écrire un
jour.
Les mots m'ont enivrée comme le soiffard se
laisse bercer par ses breuvages.
Ils m'ont permis de tenir en respect mes
secrets et de camoufler ma Géhenne.
Ils sont témoins d'une vie dévastée, d'une
guerre (in)avouée aux maux. Ils font taire mes spleens, me délivrent de mes obsessions et divulguent qui je suis.
J'ai, grâce à eux, pu imaginer la trame d'une
vie, ma vie, comme la dentellière, qui autrefois, de ses doigts agiles entremêlait les fils de façon insaisissable, sous les yeux ébahis des néophytes qui ne pouvaient que contempler la
résultante.
J'ai laissé ma trace sur quelques feuilles, mes
doutes et ma détermination.
En toute (in)quiétude j'ai envisagé un monde
meilleur, avec la conviction que ce qu'on m'avait donné de plus fabuleux était la vie.
Je lui ai pris ce qu'elle n'avait pas décidé de
m'accorder sans l'affronter.
J'ai écrit pour ne jamais oublier les abominations que j'ai vues, senties, perçues, entendues ou touchées.
J'ai vu la mort s'emparer de mes chers, sans que je puisse la contrer. J'ai senti des fragrances infâmes, celles que le prédateur dégage quand il nargue sa proie avant de l'abattre, tapi dans
l'ombre.
J'ai perçu les êtres d'exception, ceux qui vous
jaugent avec pertinence, qui vous redonnent la foi au moment où les affrontements, trop lourds, deviennent un fardeau.
J'ai entendu des fables dont je n'ai pas saisi
la morale.
J'ai touché de près des personnages artificieux
et fourbes, avec cette maladive envie de contrôle sur leur prochain, en perdant paradoxalement leurs moyens.
Il n'est pas commode de traduire à un aveugle ce qu'il ne voit pas, de jeter ça et là des mots dans l'oreille d'un sourd en espérant qu'il écoute, ou d'attendre les réponses d'un muet qui ne
veut ni entendre ni voir.
Je me suis heurtée à tant d'obstacles, que j'ai cloisonné mon histoire entre les lignes d'une écriture amphigourique. Je n'attendais rien de personne
et rien d'autre que l'inspiration. Je me suis épargnée l'indifférence et les maladresses (in)humaines. J'ai intégré que la plupart des êtres se contentaient de marteler les esprits de poncifs
exaspérants, par ignorance, ou pire, par désintérêt.
La différence fait inexplicablement peur aux uns et stigmatisent les autres.
Je n'ai eu de cesse d'imaginer une passerelle qui aurait permis la rencontre de ces deux genres...
Pour ne pas vomir ma bile et absorber leurs bassesses
Pour grandir et imposer un seuil de (in)tolérance
Pour vibrer sous une pléthore de vagues passionnelles...malgré les manques
Pour combler les vides et crier que rien ne meure jamais et que tout est "envie".
Je suis devenue un écrivaillon.
Keskizondi ?